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La Gazette Paroles en Scène

L'enchantement d'un monde obscur

22/04/2013 17:00:41
Vu au Centre des Bords de Marne du Perreux, février 2013
La Vie est un rêve, de Pedro Calderon de la Barca,
mise en scène de Jacques Vincey


Pour faire revivre ce texte emblématique de l'âge baroque, Jacques Vincey propose une mise en scène forte, tendue, mais qui jamais ne tombe dans les froideurs de l'abstraction, qui jamais n'oublie le spectateur pour le plaisir des idées. Pourtant, tout est là : la bestialité de l'homme, ses appétits de pouvoir et sa vanité dangereuse ; mais aussi la dimension philosophique et spirituelle du texte de Calderon. On y retrouve le questionnement inquiet de tout l'âge baroque européen sur la vanité de l'existence humaine, simple rôle à jouer sous le regard de Dieu, en attendant l'heure du jugement...
La vie comme un théâtre d'ombres, où sans cesse les illusions et les faux semblants égarent l'homme sur son chemin aveugle et chaotique. Tel est le monde dans lequel évoluent les personnages de Calderon, et que la mise en scène de Jacques Vincey rend intensément présent. La fureur de Sigismond y apparaît dans toute sa complexité : fruit du sort funeste qui lui a été réservé, mais aussi de sa mélancolie, cette maladie des "humeurs" que l'on attribuait alors à un excès de bile noire, et dans laquelle on voyait aussi la marque d'une clairvoyance supérieure. Les appétits des hommes, leurs erreurs et leurs tentatives dérsoires pour conjurer ce qui doit être, apparaissent avec la force de l'évidence au spectateur du  XXIe siècle, soudain familier des angoisses baroques. Telle est la force des mises en scène qui déploient le texte dans toute sa richesse de significations et d'émotions.
Car le texte est aussi rendu sensible par le travail de jacques Vincey et de sa compagnie, qui ne renie pas  l'esthétisme. C'est un magnifique tableau qui nous est donné à contempler. La scénographie, signifiante mais dénuée de symbolisme excessif, joue du clair-obscur comme un tableau de La Tour, dessine des espaces que les comédiens investissent avec la puissance et la grâce d'un jeu tout en justesse : on en sort, à tous les sens du terme, impressionné.
Publié par Véronique Sternberg •   Ajouter un commentaire  0 commentaires





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