Page d'accueilPlan du siteContactsAjouter aux FavorisImprimerEnvoyer à un ami
La Gazette Paroles en Scène

Le théâtre au second degré ou le plaisir du jeu

20/10/2013 23:59:30
Vu au Cdbm le 15 octobre 2013, Regardez mais ne touchez pas !, comédie de cape et d'épée de Théophile Gautier, mise en scène Jean-Claude Penchenat

Une reine d’Espagne emportée par un cheval fougueux, et sauvée par un mystérieux cavalier qui disparaît aussitôt : on se croirait dans l’un de ces romans de l’âge baroque où le romanesque le plus échevelé ne craint jamais de friser l’invraisemblable… Et d’une certaine façon, nous y sommes. Cette délicieuse comédie de Théophile Gautier que nous fait découvrir Jean-Claude Penchenat est un condensé d’Espagne d’opérette et de citations littéraires. Sous forme d’allusions, de vers à peine déguisés et de clins d’œil plus ou moins appuyés, Gautier évoque avec tendresse tout le théâtre de l’héroïsme, de la tragi-comédie baroque au drame romantique, en passant par les grandes heures de la tragédie classique. Un personnage qui se rêve en Cid, comme le héros de Corneille, un autre « rougit et pâlit » comme la Phèdre de Racine ; un troisième qui rejoue la partition du « vers de terre amoureux d’une étoile » à la manière du Ruy Blas de Hugo… L’auteur joue avec les codes du théâtre, et tisse avec le spectateur des liens de connivence littéraire. Et même si le temps nous éloigne un peu de ces références culturelles, que toute la salle ne repère pas toutes les allusions, qu’importe : la dérision du romanesque fonctionne toujours, grâce à une mise en scène tout en finesse, parfaitement en consonance avec la pièce. Regardez mais ne touchez pas est bien un pastiche, cet exercice subtil qui consiste à reprendre très visiblement les codes d’un genre et parfois à s’en amuser ; mais qui ne va pas jusqu’à la parodie, plus marquée et implicitement critique. Le pastiche s’amuse d’un genre… mais le reproduit. Ainsi, la pièce de Théophile Gautier est bien, malgré tous ses effets de dérision… un drame romantique à fin heureuse, ou une comédie romanesque.  Les comédiens s’en emparent avec bonheur, jouant leur personnage avec un léger décalage, subtil effet de distanciation qui rappelle qu’ici, on joue avec le théâtre. Les didascalies, ces discrètes indications laissées par l’auteur pour guider la mise en scène de son texte, sont ainsi incarnées par Désiré Reniflard, un autre personnage de Gautier tiré d’un vaudeville, Le Voyage en Espagne. Désiré, tout heureux de se trouver en terre espagnole, va ainsi servir de guide au spectateur : il indique les entrées et sorties de scène, lance un « il sort » appuyé lorsqu’un personnage tarde à quitter le plateau, ou fait des bruitages avec des ustensiles de cuisine lorsque Gaspard tire une épée invisible de son fourreau… Le château en feutrine façon décor de marionnettes, les costumes « d’époque » et l’accent espagnol de la reine complètent une mise en scène malicieusement kitsch, qui donne au spectateur toutes les clés de réception d’une pièce malgré tout savante. On regrette un peu que l’élan de fantaisie qui emporte une ou deux scènes, comme le duel burlesque entre Gaspard et Don Melchior, ne contamine pas plus souvent la mise en scène, parfois un peu sage dans sa délicatesse. Mais on se laisse charmer par un spectacle qui, au-delà de faire découvrir au public une petite curiosité littéraire, l’invite à s’amuser des codes du théâtre, tout en s’y laissant prendre : un exercice plus difficile qu’il n’y paraît…






Publié par Véronique Sternberg •   Ajouter un commentaire  1 commentaires


Soirée très agréable pleine d'humour : un bon moment de détente.
flesselle Posté le 21/10/2013 18:10:24



© Paroles en Scène 2012